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Live Report - Kevin Morby + Meg Baird au Grand Mix - Lille La Nuit.com
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Une sacrée gueule de bois. Une gueule de bois américaine pour être exact. Comme le dira Kevin Morby un peu plus tard dans la soirée, le « monster » est passé, Trump élu. Le malaise des Américains sera perceptible sur scène et il faut bien l’avouer, puisqu’on rend compte ici de ce qui se passe en vrai dans les salles de spectacle, à Lille, la nuit… la nausée n’était pas loin dans le public comme au bar. Monter sur scène, en tant que citoyen américain, ce mardi là… ça n’a pas dû être simple. L’étoile noire quitte la maison blanche et à la stupéfaction générale, la chevelure filasse de Trump s’impose. Orange is the new black. Les travaux le long de la frontière mexicaine peuvent commencer. Mais il y avait un concert, un vrai, avec la belle musique de Kevin Morby.

C’est d’abord Meg Baird qui égrène un folk acoustique et solo. L’exercice est difficile, le filet de sécurité particulièrement fragile. Dans cette configuration, il faut tellement d’éléments pour réussir que ses jolies chansons vont paraître un peu précaires. Il faut savoir taper les basses pour donner du volume dans ces fréquences là, aller chercher un galop incessant du côté des arpèges, etc. Exercice très sous estimé parce qu’il faut en maîtriser l’économie et avoir un sacré vocabulaire pour que ça passe. Honnêtement, on renverra plutôt à son album qu’à cette prestation. Il faut avouer aussi que malgré les applaudissements et l’écoute, les cerveaux étaient très occupés par l’idée d’une américaine nouvelle, née dans la nuit. Le bouillonnement était perceptible, entre colère et stupéfaction. La filiation Suzanne Vega / Angel Olsen qu’on devine d’un peu loin doit emmener Meg Baird sous d’autres cieux une fois servie par un groupe.

Lorsque Kevin Morby arrive, il joue le coup de manière élégante et distanciée, classe et soft, le volume n’est pas encore de circonstance. Les langueurs de l’album sont très largement éliminées par le live. On pouvait craindre qu’il vienne se planter sur scène en lisant platement le guide de la chanson mélancolique mais au final, il faut l’admettre avec un vrai plaisir, son disque prend un sens complètement différent quand on a assisté à sa lecture scénique, quand on a droit à la version incarnée. On ne le réécoutera pas sous le même angle. Il réussit, toute rage dehors, à emmener son disque sur d’autres territoires, plus fougueux, plus coléreux, plus révoltés. On l’avait déjà dit en chroniquant son album précédent dans le mag : avec Kevin Morby, il faut savoir insister. 
Belles gifles de guitares claires avec très peu d’effets, soin terriblement précis pour jouer juste et se réaccorder patiemment, dialogue étonnant entre deux guitaristes dont les tonalités se répondent sans se croiser, Morby fait le travail et va au-delà, il nous propose avec énergie et combativité son univers, sa vision, son monde, son Amérique aussi. Tout ce qu’on attend d’un artiste, tout ce qui ne se produit pas quand le groupe n’y est pas ou qu’on a l’impression d’assister à une sympathique répétition en public. Ce soir c’est là, sous-tendu par leur peine américaine, par leur Amérique blessée. La tension monte, on prend de l’ampleur et le volume augmente. Le malaise de Kevin Morby est palpable et il le dit « It’s been a long day. A monster became president of my country. » au bord de présenter ses excuses, comme s’il avait eu l’impression qu’en raison de l’élection de Trump, personne ne viendrait voir jouer des Américains ce soir là. Il se désolidarisera totalement d’une phrase sèche : « We are not that part of America ».

Il gère bien les tensions, les pleins et les déliés du concert, très sûr et très expressif vocalement usant d’une manière très personnelle de trouver de l’intensité dans son chant. Son batteur, celui d’Elvis Perkins, garde le temple et le temps, il emmène tout le monde sur des fondations solides et terriennes. Une basse très ronde enveloppe le tout et Meg Duffy étonne aux guitares : elle développe un phrasé très technique, proche des guitaristes de jazz, on pense même très brièvement à John Scofield. Le son de la guitare de Morby est très différent et on a parfois l’impression que le très rural John Fogerty de Creedence dialogue avec Pat Metheny, c’est surprenant et souvent très réussi. On touche même à de jolies envolées presque psychédéliques et très construites. On se quitte enchantés, aussi sûrement qu’on est arrivé globalement écrasé par des mots honnis dans nos bulles préférées, les salles de concert : racisme, protectionnisme, misogynie, etc. Ne citons que Morby pour conclure : Peace. Dehors, la pluie laisse à penser que la statue de la liberté pleure et donne quelques conseils à Marianne.

Yann Viseur



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