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Chronique - Lemon Twigs « Do Hollywood » - Lille La Nuit.com
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Imaginez l’affaire : deux gamins fous furieux de musique aux commandes du Grand Huit, d’un roller coaster musical qui couvrirait, à chacun de ses loopings tête en bas pris à fond la caisse, une large partie de l’histoire de la pop. Les Twigs sont des freluquets surdoués ayant réussi à assimiler toute l’histoire du grand livre, aidé par un papa musicien professionnel quoique discret, fan de l’album Ram de Paul McCartney. On peut imaginer pire école en matière d’écriture mélodique. On parie d’ailleurs que l’oeuvre de McCa sera réévaluée quand on aura fini de chipoter pour savoir qui était le cerveau musical des Beatles.
Les deux zigotos filent à toute allure d’un bout à l’autre du disque, exactement calé sur ce moment aussi délicieux qu’excitant où l’on hurle et qui survient quand les wagonnets du grand huit montent très lentement la pente la plus raide avant qu’on lâche tout, dans un espace soudainement vertigineux. Il faut les voir sur scène, comme à Amoeba, sur YouTube, en train de jouer à fond, l’un singeant clairement Keith Moon aux drums, drapé dans la salopette de Pete Townshend, c’est étourdissant et totalement bluffant. Inspiration mélodique, maîtrise des variations de tempo, tout y est.

Les frères d’Addario ont dressé une sorte de cartographie arpégée et chromatique de tout ce qui s’est fait de bien, en pop plutôt qu’en rock, et du haut de leurs 37 ans, mais à eux deux, ils roulent à tombeau ouvert. On convoque Scott Walker et ses ballades imparables, les Kinks de la très grande époque, celle de Something else ou de Village green preservation society, tout en dentelles anglaises millésimées, la musique baroque et ses cavalcades épiques, l’obsession Beatles, présente partout chez des jeunes gens nourris au dessin animé Yellow Submarine. On roule vite, très vite, au risque de quelques moments difficiles dans les virages pop sucrés pour digérer le copieux gâteau. Ils ont tout le temps d’apprendre à trier plus sévèrement. Ce serait assez peu fair-play de dire qu’il y a ici trop d’idées tant ça fuse, ça explose en pyrotechnie multicolore, de belles bleues en belles rouges, avec un aplomb fantastique, comme à certaines heures d’XTC, le groupe le plus sous-estimé d’Angleterre.
On reste pantois devant la sûreté vocale générale, les chœurs qui ruissellent, les arrangements savants et millimétriques, cette pop baroque qui mixe les sixties et les délires d’un savant fou comme Ariel Pink, sur le très cartoonesque Haroomata par exemple, ce côté chewing gum rose bonbon et coupe de cheveux digne des footballeurs des années 70, la célèbre mullet. Bowie et McCa, tiens donc, y ont cédé. Trop de références ? Ce serait quand même manquer sérieusement de respect à la teneur de l’écriture, d’autant qu’ils savent tomber la veste des arrangements trop soyeux pour dénuder une chanson jusqu’aux limites de son essence sur How lucky I am. Le plus fantastique premier album de la décennie ? Ce n’est qu’une formule, mais quel plaisir d’écouter un disque aussi jeune et joyeusement barré, un peu foutraque et terriblement talentueux.
Le 2 avril, vous ne pouvez pas aller aux soixante ans de tonton, vous avez Grand Mix. Vous pourrez même dire que vous avez Piscine, les musées sont gratuits le premier dimanche du mois. C’est totalement vain mais vous pourrez dire que vous y étiez.



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